À seulement 20 ans, Jade a déjà parcouru un long chemin. Originaire de La Ciotat, près de Marseille, elle est aujourd’hui en 3ᵉ année de chirurgie dentaire à l’université Egas Moniz, à Lisbonne.
Entre héritage familial, passion pour le travail manuel et envie d’ailleurs, elle nous raconte son parcours, ses choix et ce que sa vie au Portugal lui a apporté.
1. Le déclic : pourquoi cette voie ?
D’où vient cette vocation ?
Deux points ont fait que j’ai choisi cette voie. Premier point : mon papa était dentiste. Même si je l’ai perdu jeune, j’ai baigné dans ce monde-là et ça m’a toujours donné envie.
La deuxième chose : je suis quelqu’un de manuel. J’aime la sculpture, le dessin, faire des choses avec mes mains, donc c’était important pour moi d’avoir un métier manuel. D’un autre côté, je voulais aussi vraiment faire quelque chose en rapport avec le public et aussi dans les sciences. J’ai cherché quel métier pouvait regrouper ces trois critères-là.
Beaucoup de profs ont voulu m’éloigner de ça à cause de mes notes, mais ma mère m’a beaucoup accompagnée et je n’ai jamais lâché mon projet. J’ai discuté avec des amies de mes parents qui étaient dans le métier.
Qu’est-ce qui t’a attirée dans cette formation, ce métier ?
Le fait de pouvoir allier mon côté manuel avec le contact humain et, en même temps, d’avoir une démarche scientifique et santé.
Pourquoi avoir choisi l’étranger ?
Je voulais partir. Au moment de mettre mes vœux sur Parcoursup, je me suis dit : hors de question que je reste à Marseille. Je voulais vraiment faire mes études à l’étranger ; je m’étais renseignée dès le début du lycée. J’ai quand même mis mes vœux sur Parcoursup, quitte à aller à Lille qui est à l’opposé de chez moi, mais partir à l’étranger, c’était vraiment un souhait pour moi.
J’ai eu une période compliquée au lycée ; je me suis accrochée à ce projet pour pouvoir me sortir de tout ça et j’avais besoin de faire un reset de ma vie. Ça m’a vraiment permis d’aller de l’avant.
J’ai aussi été beaucoup accompagnée par ma mère et par mes profs de terminale. J’ai eu deux profs géniaux qui nous ont donné un accompagnement personnalisé et ça m’a beaucoup aidée. L’étranger, c’était vraiment un plan A pour moi. Ma mère m’a aussi beaucoup poussée : elle m’a rassurée et accompagnée, c’est grâce à elle que j’ai pu concrétiser mon projet.
2. Ton quotidien d’étudiante
Si tu devais décrire une semaine “classique” dans ton programme, ça donnerait quoi ?
Une semaine classique, c’est à peu près un jour sur deux à la fac ; je vais pratiquement qu’en cours de pratique. J’ai du mal à écouter durant des heures, donc je ne vais pas trop aux cours théoriques.
Je n’aime pas la routine, donc j’étudie chez moi, à la BU et aussi dans des cafés. Je travaille parfois en groupe avec ma coloc et mes copines à la BU. On se fait des sessions questions-réponses pour vérifier ce qu’on a retenu.
Tu te sens plutôt à l’aise avec le rythme, les matières ?
J’ai dû aller au rattrapage sur certaines matières ; il m’a fallu plus de travail. J’ai surtout adapté ma méthode. Je sortais du lycée, donc c’était moins évident au départ. Mais à force, j’ai réussi à cerner ce qui était le mieux pour moi, comment apprendre au mieux, et maintenant ça se passe très bien.
Les cours sont beaucoup plus denses ; ma coloc avait fait une PACES avant, donc elle m’a aidée à savoir ce qui est vraiment important à retenir ou non, et j’ai adapté ma méthode de travail.
Qu’est-ce qui te plaît dans la façon d’enseigner ici ?
Ce que j’aime le plus, c’est la méthode d’enseignement : le fait d’avoir à la fois de la pratique et de la théorie, le même nombre d’heures dans les deux. Ça ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer ; on a énormément de pratique et ça aide vraiment à comprendre et apprendre.
De plus, les profs sont super : ils restent très accessibles, toujours dispo pour nous aider ; ils montrent qu’ils sont fiers de nous, ils nous encouragent.
L’ambiance de la fac, j’adore. Pour rien au monde je ne voudrais échanger ma place ; pour rien au monde je voudrais revenir en France pour mes études.
Beaucoup d’étudiants m’ont contactée et j’ai pu échanger avec des profils différents. Beaucoup critiquent l’étranger au départ et, après avoir vu comment ça se passe en France, ils finissent par vouloir y venir.

4. Le terrain, les stages, la réalité du métier
Tu as eu des expériences sur le terrain ? Si oui, peux-tu nous parler d’un moment marquant ?
L’été dernier, les collaborateurs de mon père m’ont prise en stage : c’était super intéressant, j’ai pu manipuler. L’un d’eux est prof à la fac de médecine à Paris : je peux lui poser des questions, on fait des cas pratiques ensemble. Ils sont toujours disponibles si j’ai besoin.
L’été, je travaille près de chez moi : l’été dernier, j’ai travaillé avec les personnes âgées. Cette année, je travaille dans un centre qui accueille des familles, PMI, enfants placés, femmes battues. Même si c’est complètement différent de ce que je veux faire, ça me permet de garder ce côté humain. Ce n’est pas toujours facile de prendre de la distance certaines situations sont très émouvantes mais ça me permet aussi de travailler sur moi-même.
Qu’est-ce que tu retiens de plus précieux de ces premières immersions ?
Dans ma tête, je m’imaginais la chose ; mais au moment de faire, j’utilise mes mains. Je dessine beaucoup aussi ; pouvoir pratiquer avec tous les instruments, avec mes mains… j’aime la précision et j’ai réussi à faire des gestes précis : c’est vraiment ça qui m’a plu.
J’ai aussi aimé l’ambiance au cabinet : les gens sont contents de venir chez le dentiste, ils créent un lien avec leur dentiste. Là, je me suis dit : ok, c’est vraiment ça que je veux faire ; ça m’a confortée dans mon choix.
Maintenant que tu es en plein dans la formation, est-ce que la vision que tu avais du métier ou des études a changé ?
Non, car je m’étais vraiment bien renseignée. Je suivais différents dentistes, beaucoup d’étudiants aussi sur place, donc je savais un peu à quoi m’attendre.
Il y a juste la 1ʳᵉ et la 2ᵉ année où je pensais que ce serait moins général, mais on voit quand même des notions de médecine avant d’entrer dans le vif du sujet de dentiste.
Je m’étais posé la question : est-ce que c’est juste pour suivre les traces de mon père ? Mais non, c’est vraiment ce que je veux faire.
5. Et après ?
Tu sais déjà ce que tu veux faire après le diplôme ?
Au départ, je visais l’orthodontie, mais j’aime vraiment la chirurgie. J’aimerais continuer à me former et commencer à travailler un peu avec les collaborateurs de mon père.
J’hésite à faire une césure de 6 mois, de l’humanitaire. Ce n’est pas encore définitif car j’ai beaucoup de choses en tête, mais une chose est sûre : je vais faire une spécialité.
Tu te vois bosser où ? En France, ailleurs, dans quel type de structure ?
À un moment, j’aurais aimé travailler à l’autre bout du monde, mais maintenant, je réfléchis plus à revenir en France pour travailler un peu à Paris. Mais j’adore mon cadre de vie dans les Bouches-du-Rhône. Pour débuter, j’aimerais revenir en France.
Mon frère commence à réfléchir et à affiner ses choix vers le médical même dentiste peut-être. Si il fait ça, on ouvrira peut-être un cabinet ensemble un jour.
6. Pour les futurs étudiants
Un conseil à quelqu’un qui hésite encore à se lancer dans cette formation ?
Honnêtement, fonce ! N’hésite pas. Il faut se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui te fait hésiter ? Pèse le pour et le contre, et tu verras qu’il y a beaucoup plus de “pour”. Je ne regrette pas du tout ma décision.
Et une chose que tu aurais aimé savoir avant de commencer ?
Non, je suis partie assez sereinement, car je m’étais bien renseignée. J’ai connu GEDS par le biais d’une étudiante déjà sur place. C’est peut-être la seule chose que j’aurais faite différemment : prendre contact avec plus d’étudiants sur place.
Si tu devais retenir une chose forte de tout ton parcours jusqu’ici, ce serait quoi ?
Mon évolution personnelle et ma prise de confiance en moi. Avec le recul, quand je regarde la “moi d’avant le Portugal” et la “moi d’aujourd’hui”, je me dis que j’ai beaucoup évolué.
J’étais très réservée, timide ; maintenant, je suis capable de prendre la parole en public, je suis beaucoup plus à l’aise. J’ai pris conscience que je devais me faire confiance et me dire que j’en étais capable.
Ce qui fait, selon toi, un bon dentiste ?
Un bon dentiste, pour moi, c’est quelqu’un qui aime ce qu’il fait, pas quelqu’un qui fait ce métier juste pour l’argent. Quelqu’un d’heureux en rentrant de sa journée, qui aime le contact et fait preuve d’empathie. C’est important, dans ce type de métier, d’être à l’écoute.
Quelque chose à rajouter, que tu aimerais partager ?
Le Portugal est un super pays. Lisbonne est une ville cosmopolite où tu rencontres des gens de tous horizons. C’est une ville vivante, il y a toujours quelque chose à faire.
J’ai fait beaucoup de super rencontres. Tu apprends une autre langue, une autre culture. Ma coloc est devenue ma meilleure amie, on a créé des routines et une vraie vie là-bas.
Le Portugal m’a tellement apporté : des super rencontres, m’a permis d’apprendre ma passion. Le cadre de vie est super : on ne s’ennuie jamais, on a la fac à côté de la plage. On n’est pas loin : en 2 h d’avion, je suis chez moi. La distance n’est pas une barrière. On s’adapte vite, on crée des liens forts parce qu’on est tous dans la même situation.
Je parle à tout le monde du Portugal. Plusieurs copines ont suivi et viennent étudier ici aussi.
J’ai rencontré des super amis ici, les Portugais sont très accueillants. J’ai rencontré des gens des quatre coins du monde, c’est enrichissant. Je trouve la vie au Portugal plus simple, moins stressante.
Pour finir, je me suis sentie bien accompagnée par GEDS ; ça m’a beaucoup rassurée. Vous faites un travail incroyable pour les étudiants et je tenais à le souligner.

Entre héritage, passion du geste, goût du lien humain et envie d’ailleurs, Jade a trouvé au Portugal un terrain idéal pour grandir, apprendre et se découvrir. Sa conviction est simple : quand on sait pourquoi on le fait, partir à l’étranger n’est pas un pari fou, c’est un vrai projet. Et la suite ? Une spécialité, peut-être la chirurgie, et beaucoup d’envie.




































